Le
Paris de Georges Perec
La
ville mode d’emploi
Cette
année 2022 marque le 40e anniversaire
de la mort de l’écrivain Georges Perec, dont une partie de la
courte vie et une part de l’importante œuvre sont intimement
liées au 20e arrondissement
où il vécut enfant. Ses parents habitaient au 24 rue Vilin, il
était à l’école maternelle au 94 rue des Couronnes et il est
enterré au Père-Lachaise. Une action est en cours parmi les
habitants de nos quartiers pour réussir à faire attribuer son nom
au parc de Belleville, la rue Vilin de son enfance ayant été
'engloutie' dans ce parc.
Un
livre sorti en septembre examine ses rapports avec cette ville. En
1981, Georges Perec s'interroge : doit-il dire "j'habite Paris",
"j'habite à Paris", "j'habite la capitale",
"j'habite la Ville lumière", ou encore "j'habite la
ville qui jadis s'appelait Lutèce" ?
Tel est le Paris de
Perec. Un lieu où vivre, mais aussi un terrain de jeu,
d'expérimentation et d'écriture. Une ville puzzle, coupée en
morceaux par "l'histoire avec sa grande hache", et dont les
pièces éparses demandent à être patiemment assemblées : le
Belleville pauvre de la prime enfance, le 16e
arrondissement cossu de l'adolescence, le Quartier latin de l'âge
adulte, les cafés, les appartements amis...
Avec Perec, Paris
devient texte. La ville de papier trouve son mode d'emploi.
Nombre
de textes que Georges Perec affilie à son champ de recherche
sociologique, abordent la question de la ville. Cette dernière est
même, pour la plupart de ceux-ci, doublement présente : c’est
l’objet du texte et le lieu de sa rédaction. Suffit-il d’écrire
dans l’espace urbain pour produire un texte qui le fasse connaître
? Rien n’est moins sûr au regard des techniques d’observation et
d’analyse auxquelles s’astreint Perec. On peut mettre en évidence
deux types d’espaces différents : d’une part, ceux qui sont liés
à l’autobiographie, d’autre part, les lieux publics décrits
dans le cadre de son travail sur l’infra-ordinaire. ■
Christian
Ben Tolila