Le
pasteur Sully LOMBARD
Quand
nous « remontons » la rue des Pyrénées, nous
remarquons, sur la gauche avant le pont Ramus une petite église, il
s’agit du temple de Béthanie.
Le temple de l'Église
protestante unie de Paris-Béthanie
Au
XIXe
siècle, il n’y avait qu’un seul temple protestant dans le 20e
arrondissement, le temple de Belleville, ouvert en 1855 dans un
ancien atelier, au 3, rue Pradier. Un nouveau temple sera construit à
Belleville au 97, rue Julien-Lacroix entre 1877 et 1880, sous la
direction de l’architecte de la ville de Paris, Léon Salleron.
La
communauté protestante de Charonne est alors rattachée au temple de
Belleville. Compte tenu de son importance, de la perte d’un local
utilisé rue de la Réunion et de l’éloignement du temple de
Belleville, il apparut nécessaire de construire un nouveau temple :
le temple de Charonne. Il sera construit à partir de 1902 sur un
terrain acquis par le pasteur Robin, pasteur de Belleville, sous
l’impulsion de Sully Lombard qui était suffragant, c’est-à-dire
l’assistant du pasteur.
Le
temple de Charonne est inauguré le 27 mars 1904. Le temple est, au
début, rattaché au temple de Belleville, il prend son autonomie par
rapport à la communauté mère de Belleville et adopte dès 1907 le
nom d'église réformée
évangélique de Béthanie.
Le
bâtiment, construit sur un terrain de 348 m2, comprend le temple
avec deux annexes sur les côtés où sont installées les écoles
des filles et des garçons. L’architecte du projet fut Félix
Paumier qui travailla beaucoup pour les communautés protestantes de
Paris. Le temple sera agrandi en 1913. Le pasteur habitait à la
Campagne à Paris et, pour faire des économies, un logement pour le
pasteur est construit à l’arrière du temple en 1930.
Le
temple possède un remarquable orgue Cavaillé-Coll, racheté en 1916
au temple protestant de l’Étoile. Aristide Cavaillé-Coll, né en
1811 et mort en 1899 à Paris, est l'un des plus talentueux facteurs
d’orgue du XIXe
siècle.
À
sa mort, son successeur déclare « Cavaillé-Coll
éleva son métier à la hauteur d’une science et d'un art, et
grâce à son génie l'orgue est devenu l'instrument merveilleux que
nous possédons aujourd'hui.».
L’orgue du temple de Béthanie est inscrit aux Monuments
historiques.
Le pasteur Sully
Jules
Sully Lombard est un personnage historique remarquable mais méconnu
de notre arrondissement où il a passé toute sa vie.
Le
pasteur Sully Lombard, né le 25 janvier 1866 dans l’Hérault est
mort en 1951 à Paris, dans son domicile du 8, rue jules Siegfried
(« La Campagne à Paris »). Il est baptisé en 1879.
C’est un protestant calviniste et il entreprend des études de
théologie. Il présente avec succès sa thèse en1886 et obtient le
titre de « bachelier en théologie » et, la même année, il
est ordonné pasteur de l’église réformée de France. Il est
ensuite « suffragant » (qui assiste ou supplée un
pasteur) au temple protestant de Belleville de 1895 à 1902. Il
s’occupe des fidèles du quartier de Charonne, alors rattaché au
temple de Belleville. Après la construction du temple de Béthanie,
il en devient pasteur et le restera jusqu’à sa retraite en 1926.
Le 24 janvier 1895, il épouse Jeanne Bernard, directrice de
l’école primaire rattachée à la paroisse de Belleville ;
ils auront six enfants.
Il
est l’un des créateurs de la Campagne à Paris, son œuvre
humanitaire au profit des pauvres est considérable.
La Campagne à Paris
La
Campagne à Paris est actuellement un lieu très recherché, dont les
habitants sont, en général, financièrement aisés. Ce n’était
pas le cas à l’origine, car le but du projet était de permettre à
des familles ayant de faibles revenus d’avoir un pavillon.
Après
l’agrandissement de Paris par l’annexion des villages
avoisinants, le 20e
est devenu l’un des arrondissements le plus pauvre de Paris. Les
familles ouvrières, chassées du centre, s’y entassent.
En
1900, les conditions de logement y sont déplorables, les familles
habitent dans des logements exigus souvent sans sanitaire. Le taux de
mortalité par la tuberculose est le double de celui des beaux
quartiers.
En
1908 un comité pour l’assainissement de Belleville écrit :
« Notre quartier, qui par
sa situation géographique devrait être le plus sain de Paris est,
par suite de l’étroitesse des passages et impasses qui varient
entre 3 et 4 mètres, un des plus malsains. L’air, la lumière, et
le soleil manquent, les maladies contagieuses, tuberculose et autres
frappent cruellement les habitants et surtout les enfants dont la
mortalité est effrayante. »
La population du quartier, composée d’artisans, d’ouvriers et de
petits employés n’a pas les moyens financiers leur permettant de
se loger d’une manière décente.
En
1894, la première loi concernant le logement social, dite la loi
Siegfried,
est votée. Cette loi permet la création des Sociétés
d’Habitations à Bon Marché (H.B.M.) et instaure donc pour la
première fois un cadre légal pour faciliter l’accession au
logement des foyers les plus modestes. Une
conférence, que Jules Siegfried consacre le 15 mars 1907 à la
loi sur les Habitations à Bon Marché, incite Sully Lombard, associé
à d’autres personnes, à créer le 19 mai 1907 une fondation pour
permettre l'accès pavillonnaire à des personnes à revenus
modestes. Elle s’intitule « Société
anonyme coopérative à personnel et capital variables d’habitations
à bon marché, La Campagne à Paris ».
Il en deviendra président.
Le 27 septembre 1908, une
assemblée générale extraordinaire autorise l’achat des terrains
d’une ancienne carrière de gypse, et le 3 novembre 1908, l’acte
de vente d’un terrain de 15800 m2 est signée.
La
société est une coopérative, dont l’objectif est l’accession
de ses membres à la propriété de « maisons
salubres ». À sa
constitution, elle compte 89 sociétaires « dignes
de bénéficier des bienfaits de la Société »
dont la majorité exerce un métier manuel, d’autres sont garçons
de bureau, employés, instituteurs, etc.
Elle est
la réunion de personnes qui s’engagent à réaliser une épargne
régulière. Celle-ci permet l’acquisition de terrains et leur
viabilisation puis la construction de maisons individuelles pour les
sociétaires qui en deviennent finalement propriétaires.
Fin
1911, des maisons témoins sont construites et, à l’été 1914, la
première tranche de 45 maisons est achevée.
La
guerre entraîne des retards et beaucoup de difficultés et le
chantier reprend en 1923. Entre-temps, certains sociétaires sont
morts à la guerre. D’autres sont dans l’incapacité de
poursuivre leurs projets immobiliers, car le coût d’une maison,
avec son terrain, est passé de 16 000 FRF (avant-guerre) à
37 000 FRF. De nouveaux sociétaires doivent se substituer
à eux. Le 20 juin 1926, La Campagne à Paris est inaugurée et,
en 1928, la quasi-totalité des maisons est construite.
L’œuvre
humanitaire et sociale de Sully Lombard
L’œuvre
humanitaire du pasteur Sully Lombard ne s’est pas limitée à la
réalisation de La Campagne à Paris. Il entreprend une lutte contre
l’alcoolisme et pour la protection des enfants. En 1914, dès le
début de la guerre, il crée un ouvroir, c’est-à-dire un atelier
où des femmes vont travailler principalement à des travaux de
couture, afin de permettre aux femmes des soldats mobilisés de
subvenir par leur travail aux besoins de leurs familles. Il fait
stocker du charbon dans les caves des maisons pour le chauffage des
familles les plus démunies. De 1916 à 1918, il est engagé comme
aumônier des Armées sur le front et, après la guerre, il sera très
actif pour aider les pupilles de la Nation.
Le 2
octobre 1928, il reprend ses études de droit, obtient sa licence et
devient avocat au Barreau de Paris. Dans le cadre de l’assistance
judiciaire Il défend alors les prévenus les plus nécessiteux ne
pouvant payer un avocat.
Le 12
février 2005, la place Sully-Lombard est créée en bordure de la
Campagne à Paris. ■
Philippe
Dubuc