Jeunesse Feu Vert, les jeunes filles prennent confiance en elles avec Dialogos | L'Ami du 20ème

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Jeunesse Feu Vert, les jeunes filles prennent confiance en elles avec Dialogos


« Dialogos » à Jeunesse Feu Vert

Jeunesse Feu Vert, les jeunes filles prennent confiance en elles avec Dialogos


Comment « Dialogos » participe avec Jeunesse Feu Vert à la réflexion collective ?

Durant trois semaines, Dialogos a accompagné neuf jeunes filles du quartier Borrégo à discuter de manière réfléchie et démocratique sur des sujets de société ou des questions existentielles. Récit de cette petite expérience, avec Hélène Boissière, animatrice de Dialogos.

L’association d’éducation spécialisée « Jeunesse Feu vert » accueille des jeunes de tous âges dans le local rue du Borrégo. Trois jours par semaine les éducateurs accompagnent les jeunes à la scolarité ou dans leur orientation professionnelle. L’aide aux devoirs n’est pas le seul objectif, il s’agit aussi de les soutenir et de les ouvrir à d’autres compétences. En invitant Hélène de Dialogos, Nathalie Madre expérimente une activité avec une groupe de jeunes filles : exprimer ses idées, prendre la parole en public, animer une discussion.

Vous animez des discussions collectives, des débats d’idées, avec des jeunes filles de 13-14 ans. Comment vous y prenez-vous ?

La première séance, je leur propose une activité de prise de parole en public : parler pendant 1 min devant leurs camarades sur un thème non préparé de leur choix. Ce faisant, elles sont filmées. « L’idée est de vous voir vous-même, d’accepter votre image, et de voir ce que vous pouvez améliorer facilement. Quand on se voit, on n’aime pas, on a envie de tout changer, mais on peut s’améliorer petit à petit. »

Après des exercices sur l’ancrage (pieds enracinés dans le sol), les gestes à hauteur du buste, le regard porté, et la voix, elles se prêtent au jeu. Le fait de pouvoir parler aux autres sans être interrompu a créé un effet important chez les jeunes filles.

La séance suivante, elles éprouveront des difficultés à regarder et évaluer leur prestation. Elles se rendent compte que leur image n’est pas celle qu’elles pensaient.

Quel est le lien avec l’apprentissage de la discussion ?

C’est pareil pour la pensée. Ce que vous voulez dire correspond-il à ce que vous dites ? Ce que les autres entendent correspond-il à ce que vous voulez dire ? Non. Il est difficile de donner à entendre le déroulement de sa pensée. Cette difficulté est souvent source d’impatience, d’énervement, voire de conflit avec les autres.

L’enjeu de ces exercices, c’est la maîtrise de l’impatience. Quand je leur pose la question : « Qu’est-ce que cela fait de pouvoir dérouler votre pensée devant les autres qui vous écoutent ? Quelle différence avec vos situations de parole ordinaires ? » les jeunes filles disent qu’elles se sentent plus sereine, qu’elles peuvent dérouler leur pensée, qu’elles sentent qu’elles sont écoutées, que leurs idées sont plus riches.

Le problème de toute discussion, et surtout des discussions qui visent une finalité philosophique comme le recherche Dialogos, c’est la précipitation, la volonté de vouloir tout dire (sans se soucier de l’écoute des autres). Cette façon de faire traduit une inquiétude, une difficulté à trouver sa place. Et cela traduit aussi l’air du temps : l’incapacité aujourd’hui à être dans l’écoute mais toujours dans l’expression ; l’important c’est de s’exprimer.

Vous visez également un apprentissage à l’argumentation ?

Le deuxième exercice porte sur cette compétence, je leur pose une question, par exemple : passer des vacances à Paris ou ailleurs, que préférez-vous ? - et leur demande de donner deux idées différentes et de finir par la réponse qu’elles veulent mettre en avant.

Les jeunes filles disent alors qu’elles trouvent cela bizarre, de trouver des idées contre soi-même. « Mais c’est intéressant...» notent elles.

Ces premiers exercices sont suivis de nombreux autres : on essaie, étape par étape, de passer d’une pensée confuse à une pensée claire et articulée. Ce sont les premiers outils de la pensée. Une fois cela acquis, on peut entrer dans l’apprentissage du débat réglé.

Les jeunes aiment débattre ! Cela ne doit pas être difficile !

Contrairement au débat, tel qu’il est souvent pratiqué, il ne s’agit pas ici d’avoir raison contre les autres, mais d’exercer les outils de la pensée : proposer une idée, questionner, argumenter, objecter, etc. On cherche, avec les autres, à s’approcher d’une réponse la plus légitime possible. Pour débattre, j’utilise un jeu de cartes qui sert de support de la discussion, le jeu Discut.

Au cours du jeu, chacune lève la carte correspondant à l’activité mentale qu’elle veut exprimer. L’enjeu est d’utiliser toutes les cartes. On avance, on approfondit le sujet et on varie ses interventions... Ces cartes reflètent la nature de ses interventions et incitent à les diversifier. On ne peut pas passer son temps à confirmer l’idée de la voisine ou à la contredire !

Les jeunes discutent toutes seules, sans animateur ?

On ne peut pas discuter sans guide. Cela s’apprend ! Les jeunes filles jouent des rôles différents : l’une joue le rôle de président, une autre, le rôle d’animateur, une autre joue le rôle de journaliste et enfin une autre joue le rôle d’arbitre. La dimension démocratique de l’échange est ainsi assurée. Y figurent les rôles principaux des membres d’un bureau ou de toute institution démocratique, une association ou un Conseil de quartier.

Comment commencez-vous les discussions ? Quel sujet choisissez-vous comme point de départ ?

Rappelons qu’avec Dialogos, la visée de la discussion se veut philosophique. Son point de départ est donc une question.

Cette partie de la séance est la plus délicate. Les jeunes filles posent beaucoup de questions... mais combien ont de l’intérêt ? Il faut les passer à travers le crible suivant : est-elle universelle, concerne-t-elle tout le monde ? Pose-t-elle un réel problème ? La formulation est-elle adéquate ?

Parmi les questions posées (pourquoi mentir ? L’amitié garçons-filles est-elle possible ? Pourquoi y a-t-il de fausses dates de péremption sur les produits ? etc.), nous en choisissons une : pourquoi certaines personnes font-elles du bénévolat ?

Il est difficile de retracer le contenu des échanges. Voici quelques propos recueillis :

Le bénévolat c’est bien ? Est-ce toujours bien ? Oui, car c’est donner sans attendre de retour. Mais est-ce toujours bien ? Oui. C’est écrit dans le Coran ! Cela fait plaisir à Dieu ! Sans doute. Mais n’y a-t-il pas des dons meilleurs que d’autres ? Certains sont-ils moins bons, voir mauvais ? Par exemple donner à boire à une personne portée sur la bouteille. Il faut donner de la nourriture. Oui, mais... si on donne uniquement de la nourriture, ne risque-t-on pas de limiter le choix de la personne ? Et sa liberté ?

La réflexion porte vite sur un débat éthique majeur : qu’est ce qui donne de la valeur à une action : l’intention ou la conséquence ? On retrouve le débat qui a opposé Kant et les conséquentialistes. Sans le savoir les jeunes filles font de la philosophie.

À la fin de la discussion, les participantes évaluent la tenue des différents rôles. Elles félicitent la présidente qui a su contrôler ses prises de paroles et guider celles des autres. Elle se félicitent aussi : « on a bien réfléchi ensemble ».

Que disent les jeunes filles sur cette activité ?

Une des participantes a parlé ainsi de l’activité : « Cela nous permet d’avoir confiance en nous, de savoir comment on fonctionne dans un groupe, de savoir discuter ensemble en donnant nos idées ».

La finalité de ces ateliers est de développer une pensée réflexive plus riche, argumentée, attentive et confiante. Les 9 jeunes filles de Feu vert l’ont bien compris. On plante des petites graines « des jeunes idées en fleur ».

Note : Le Jeu Discut est un jeu de cartes. Un pictogramme se trouve sur chaque carte. Il représente l’activité cognitive correspondante. Il est composé de 4 cartes principales : interroger, proposer une idée, objecter, confirmer. À celles-ci s’ajoutent des cartes défi : proposer un exemple, formuler une comparaison, etc. Chaque participante a en main un jeu de 8 cartes.


L' association « Dialogos créer des liens »

L’association Dialogos a pour but de développer, dans un espace d’échanges, une culture du questionnement, de l’examen de ses pensées et de l’argumentation.

Dialogos intervient auprès des personnes habitant les quartiers populaires, dans des centres sociaux culturels ou des lieux informels.

Elle s’adresse à tous les publics peu habitués au débat d’idées. Elle forme des jeunes à l’expression de leur pensée, elle anime des temps d’échanges ou de formation entre adultes.

La méthode de Dialogos est la pratique du dialogue philosophique : elle développe la capacité à interroger ses propres opinions et par là, à se forger des jugements plus nuancés et moins dogmatiques.

Renseignement : 06 77 97 53 01 • dialogos.creerdesliens@gmail.com

Facebook : Dialogos Créer des liens


L'association Jeunesse Feu Vert

L’association d’éducation spécialisée « Jeunesse Feu vert » accueille des jeunes de tous âges dans le local rue du Borrégo. Trois jours par semaine les éducateurs accompagnent les jeunes à la scolarité ou dans leur orientation professionnelle. L’aide aux devoirs n’est pas le seul objectif, il s’agit aussi de les soutenir et de les ouvrir à d’autres compétences. En invitant Hélène de Dialogos, Nathalie Madre expérimente une activité avec une groupe de jeunes filles : exprimer ses idées, prendre la parole en public, animer une discussion.

Nathalie Madre Jeunesse Feu Vert